C’est l’une des questions que je reçois le plus souvent des consultants indépendants qui démarrent : « Comment je fixe mes tarifs ? » Et presque toujours, la vraie question derrière est : « Est-ce que je peux vraiment demander autant ? »
Le problème du pricing en freelance n’est pas un problème de calcul. C’est un problème de positionnement et de confiance. La plupart des articles te donnent une formule : prends tes charges, ajoute tes jours non facturés, divise par le nombre de jours travaillés, et tu as ton TJM minimum. C’est utile. Mais c’est le plancher, pas le plafond. Et la grande majorité des freelances qui démarrent se bloquent au plancher, parfois pour des années.
Cet article couvre le calcul de base, mais surtout la méthode pour fixer un tarif qui reflète la valeur réelle de ce que tu apportes, et comment annoncer une hausse à tes clients existants sans tout perdre.
Le calcul du TJM minimum, sans se tromper
Les 4 éléments du calcul
Éléments à intégrer avant de poser un chiffre
Oublie l’un d’eux et ton TJM minimum est faux. Ce qui suit est encore pire.
Ce que tu veux vraiment toucher
Pas le minimum vital. Ce que tu veux réellement gagner chaque mois, net.
22 à 24,6 % en micro
Variable selon ton statut. À vérifier avec un expert-comptable pour ton cas précis.
100 à 130 jours réels par an
Prospection, admin, congés, formation. Tu ne factures pas 220 jours. Selon les données 2iPortage 2025, la moyenne est entre 100 et 130 jours.
Logiciels, RC Pro, matériel
Tout ce que tu paies pour exercer ton activité entre dans le calcul.
Voici un exemple de calcul indicatif, à adapter selon ta situation. Tu vises 3 000 € net par mois. Avec 21,2 % de charges sociales en micro-entreprise pour une activité de prestation de services BIC (25,6 % pour les BNC, à vérifier selon ton activité sur autoentrepreneur.urssaf.fr), ton CA mensuel cible est d’environ 3 800 €. Sur 11 mois travaillés et 12 jours facturables par mois en moyenne, ton TJM minimum se situe autour de 320 €. C’est le plancher. En dessous, tu travailles pour rien ou tu mets ton activité en danger financièrement. Pour le calcul exact selon ton statut (micro-entrepreneur, SASU, EURL), les taux de charges varient significativement. Parle à un expert-comptable avant de poser un chiffre définitif.
Ce calcul te donne ton TJM de survie. Ce n’est pas ton tarif de marché. C’est là que la plupart des articles s’arrêtent, et là que les freelances se piègent.
Pourquoi le TJM minimum n’est pas ton tarif
Le signal que tu envoies sans le savoir
Un tarif bas attire les clients.
Un tarif bas fait fuir les bons clients.
Ce que le prospect pense
Ce que le bon tarif fait
Il y a une réalité contre-intuitive que j’observe régulièrement : un tarif trop bas fait fuir autant qu’un tarif trop élevé. Quand un prospect voit un consultant qui propose 200 € la journée là où le marché est à 500 €, sa première réaction n’est pas « super affaire ». C’est « pourquoi si peu ? Qu’est-ce qui cloche ? »
Le prix est un signal. Il dit quelque chose sur la qualité perçue, sur le niveau de confiance que tu as en toi, et sur la façon dont tu te positionnes dans ton marché. Les clients qui négocient agressivement sur le prix sont aussi ceux qui paient en retard, qui changent leurs demandes en cours de mission, et qui ne donnent pas de témoignages positifs. Un tarif trop bas ne te rend pas plus accessible. Il te rend moins crédible.
Trois raisons pour lesquelles les freelances se sous-tarifent systématiquement. La comparaison avec l’ancien salaire : « je gagnais 2 500 € net comme salarié, donc je vais facturer 200 € la journée. » Sauf qu’un salarié ne paie pas ses charges patronales. La peur du refus : « si je demande trop cher, le client va dire non. » Ces refus filtrent les mauvais clients. Et la troisième : ne pas connaître la valeur qu’on apporte. Si tu ne sais pas ce que ta mission rapporte concrètement à ton client, tu ne peux pas fixer un prix basé sur cette valeur. Pour avancer sur ce point, l’article sur la création d’offre irrésistible pour solo entrepreneur pose le cadre complet.
La méthode du pricing par la valeur
Le value pricing
Fixer son prix sur ce que ça rapporte au client, pas sur ce que ça te coûte.
01
La question centrale
Qu’est-ce que ta mission vaut pour ton client ?
Pose des questions sur les enjeux business lors de l’appel de découverte. Si ta mission permet à une PME de générer 3 clients supplémentaires à 2 000 € chacun, ta mission vaut 6 000 € de CA mensuel récurrent. Un tarif de 2 000 à 3 000 € est parfaitement justifiable.
02
L’ancrage
Ancrer le prix sur la valeur
« Cette mission va vous permettre de X, mon accompagnement est à Y. » Pas l’inverse.
03
L’annonce
Présenter sans s’excuser
Le prix est la conclusion, pas le départ de la négociation. Tu l’annonces ferme, sans justification ligne par ligne.
Le pricing par la valeur consiste à fixer ton tarif en fonction de ce que ta prestation rapporte à ton client, pas de ce qu’elle te coûte. C’est le modèle le plus puissant pour les consultants en services intellectuels, et le plus difficile à adopter parce qu’il demande de comprendre profondément les enjeux business de ta cible avant de donner un chiffre.
Cas terrain : Marion, consultante en stratégie de contenu, 41 ans, ancienne responsable marketing. Au démarrage elle facturait 250 € la journée, « pour ne pas effrayer les clients. » En travaillant sur sa proposition de valeur et en apprenant à qualifier ses prospects lors de l’appel de découverte avant de donner un prix, elle est passée à 600 € la journée en 8 mois. Ses clients n’ont pas changé de profil. Sa façon de présenter son offre, si. .
Les 4 erreurs de pricing qui coûtent le plus cher
Les pièges classiques
4 erreurs que je vois revenir sans cesse
Toutes évitables. Chacune coûte réellement de l’argent ou du temps.
Pour avancer sans s’engager
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Comment annoncer une hausse de tarif à ses clients existants
La question que tout le monde évite
Annoncer une hausse sans perdre ses clients
Tous les freelances y seront confrontés. La méthode qui fonctionne tient en 3 étapes.
Prévenir chaque client actif par écrit
Un message simple, court, professionnel. Tu annonces la hausse, tu mentionnes la date d’entrée en vigueur. Pas de justification excessive, pas d’excuse. Une annonce ferme.
Répondre aux questions, recadrer la valeur
Certains clients demanderont à en discuter. C’est l’occasion de rappeler les résultats obtenus ensemble et de repositionner la valeur de la relation. Pas de négociation sur le prix, sur le périmètre éventuellement.
Accepter les départs sans culpabilité
Les clients qui partent sur une hausse de 15 % étaient probablement des clients à faible valeur. Leur départ libère du temps pour des clients qui te respectent à ta juste valeur.
Modèle de message à adapter
« Suite à l’évolution de mon activité et à la progression de mon expertise, mes tarifs sont révisés à [nouveau tarif] à partir du [date]. Cette révision s’appliquera à nos prochaines missions. Je reste disponible pour en discuter si vous avez des questions. »
Questions fréquentes sur le pricing en freelance
Faut-il afficher ses tarifs sur son site ou son profil LinkedIn ?
Pas systématiquement. Afficher ses tarifs filtre les prospects avant même la conversation, ce qui peut être un avantage (moins de perte de temps) ou un inconvénient (tu te prives de la possibilité de faire du pricing par la valeur). La règle simple : si ton offre est standardisée et que le périmètre est toujours le même, affiche un tarif. Si chaque mission est différente et que la valeur varie selon le client, mieux vaut inviter à un appel de découverte plutôt que d’afficher un TJM figé.
Comment gérer un client qui dit « c’est trop cher » ?
Ne baisse jamais directement le prix. Deux options. La première : réduire le périmètre pour rester au même tarif par jour ou par livrable. « Je comprends la contrainte. On peut démarrer par cette partie à ce montant, et étendre quand les premiers résultats seront visibles. » La seconde : poser des questions sur ce qu’il compare. Souvent « c’est trop cher » veut dire « je n’ai pas compris la valeur » plutôt que « je n’ai pas le budget. » Reprends l’enjeu business et relie-le à ta mission.
Peut-on facturer différemment selon les clients ?
Oui, et c’est souvent la bonne stratégie. Un grand compte avec des enjeux importants et un budget confortable peut légitimement payer plus qu’une TPE avec des ressources limitées. Ce qui ne change pas : ta qualité de travail et l’exigence de tes standards. Ce qui peut changer : le périmètre, le format, et donc le tarif global. La cohérence à tenir, c’est le tarif journalier ou le tarif par livrable, pas le budget total de la mission.
Comment fixer ses tarifs quand on change de secteur ou de positionnement ?
C’est le moment où beaucoup se sous-tarifent par manque de légitimité perçue sur le nouveau terrain. La règle : ta valeur ne repart pas à zéro. Ce qui change, c’est le vocabulaire et les exemples que tu utilises pour la démontrer. Travaille d’abord ton positionnement et ta façon de présenter ta proposition de valeur avant de décider d’un tarif. Un tarif bas sur un nouveau positionnement ne rachète pas un manque de crédibilité. Il le confirme. Pour poser ce positionnement, l’article sur la visibilité LinkedIn pour consultant indépendant donne le cadre complet.
Faut-il un TJM unique ou une grille tarifaire ?
Une grille par type de mission est plus puissante qu’un TJM unique. Elle te permet d’adapter le tarif au périmètre sans avoir à renégocier à chaque fois. Elle montre aussi ta maîtrise du sujet. Une structure simple : un tarif pour une journée de conseil stratégique, un tarif pour un accompagnement mensuel récurrent (légèrement inférieur pour valoriser la relation longue durée), un tarif pour un atelier ou une formation. Trois lignes suffisent pour démarrer.
Ton prix n’est pas un chiffre. C’est un positionnement.
Récap actionnable
Tu appliques ces 4 principes.
Et ton pricing devient un atout commercial.
01 / Plancher
Calculer son TJM minimum. Ne jamais descendre en dessous.
02 / Signal
Un tarif trop bas fait fuir. Le prix est un signal de crédibilité.
03 / Valeur
Comprendre les enjeux client avant d’annoncer un prix.
04 / Hausse
+10 % minimum par an. Prévenir 60 jours avant. Sans s’excuser.
L’alternative à la formation Réseaux sociaux
Travaille ton pricing et ton positionnement avec des pairs au même stade.
Live Q&A chaque semaine, Coffee Meet le lundi, ressources sur la création d’offre, le pricing et l’acquisition organique.
Fixer ses tarifs en freelance n’est pas un problème de calcul. C’est un problème de positionnement. Le TJM minimum est ton plancher de survie, pas ton prix de marché. Ce qui détermine vraiment ton tarif, c’est la clarté de ton positionnement, la compréhension de la valeur que tu apportes à tes clients, et la confiance pour annoncer ce prix sans te justifier.
Sources
- 2iPortage, Baromètre des tarifs freelances et consultants 2025 : 100 à 130 jours facturés par an en moyenne
- URSSAF autoentrepreneur.urssaf.fr, Taux de cotisations micro-entreprise 2026 : 21,2 % pour les prestations de services BIC
- Compta-Online, Régime social micro-entrepreneur 2026 : taux cotisations par activité, source URSSAF et décret n°2025-943

